Dans ce blog vous trouverez des portraits de quelques centaines de plantes et fleurs sauvages du Périgord. Au fil des saisons des nouvelles images seront ajoutées.

Corine Oosterlee est botaniste et photographe plasticienne. Son site corineoosterlee.com.


15 juillet 2023

Liseron des Cantabriques

 

On ne le trouve presque plus en fleur maintenant. Sur les tiges ramifiées il n'y a que les petits fruits.

 


 

Mais il y a deux mois le Liseron des Cantabriques (Convolvulus cantabrica) fleurissait partout dans les pelouses et sur les côteaux au sol sec et calcaire.

 


 

Cette pelouse est parsemée de ses fleurs roses parmi les épis fleuris d'une graminée, la Koelérie de Valais (Koeleria vallesiana) et des autres plantes typiques pour cet habitat. C'était au mois de mai, il y avait encore beaucoup de vert, les plantes profitaient de l'humidité de la saison pour pousser et fleurir.



 

Le Liseron des Cantabriques a des fleurs pentagonales roses sur des tiges plus ou moins couchées au sol. Contrairement à celles des autres Liserons, elles ne grimpent pas. 


 

Ses feuilles sont longues et un peu duveteuses avec des bords légèrement ondulés. Et les fleurs se ferment la nuit, au petit matin elles ne sont pas encore ouvertes.

 


 

Et voilà!

5 juillet 2023

Arum d'Italie

 

Il y a deux mois, on pouvait trouver cette fleur un peu bizarre partout dans les forêts sous les arbres. Peut-être que l'inflorescence de L'Arum d'Italie (Arum italicum) n'est pas particulièrement belle, mais elle est très efficace.



La spathe, cette grande bractée blanchâtre, enveloppe dans sa partie inférieure les fleurs minuscules, bien cachées de la vue. Seulement une sorte de massue jaune est visible, celle-là attire des petites mouches.



 

Ces mouches descendent dans la partie basse de la spathe où elles trouvent la bonne odeur des fleurs et le bon goût du pollen. Tant mieux que ça sent bon, parce qu'elles ne peuvent pas sortir, l'entrée est bloquée par des poils qui les empêchent de remonter. Seulement après la pollinisation ces poils s'assèchent et les mouches sont libres pour s'envoler et trouver une nouvelle spathe-piège.

Le résultat de cette démarche un peu spéciale: des baies. 

 

 

Maintenant, début juillet, elles sont encore vertes ou juste un peu orangées. L'anneau pâle au-dessous les fruits est la reste de la spathe fanée et tombée il y quelques semaines.



 

Bientôt les baies vont prendre une couleur rouge vraiment attractif. En plus, elles sont sucrées! Attention, elles sont très toxiques pour nous (mais il y a des oiseaux qui les peuvent manger sans problème et parfois aussi les chevreuils et des petits rongeurs).



 

Seulement à la fin de l'hiver et au début de printemps on peut trouver les jolies feuilles tachetées; elles disparaissent quand les spathes se forment. La plante est vivace, une racine souterraine survit.



 

Des feuilles d'Arum d'Italie non-tachetées existent aussi, elles sont petites et appartiennent aux jeunes plantes de l'année.


22 mars 2023

Jonquille

 

Cette fleur qui nous montre sa trompette est une Jonquille (Narcissus pseudonarcissus). Ses tépales blancs sont presque fanées. Est-ce qu'elle est seule?


 

Bien sûr que non, les Jonquilles poussent généralement en grandes colonies et le sol de ce forêt en haut d'une falaise est tâcheté de longues feuilles vert franc.

 


 

La plupart des bulbes de Jonquille ne font que des feuilles, seulement après quelques années et quand les circonstances sont bonnes, elles vont porter des fleurs. Beaucoup de ces bulbes ne fleuriront jamais. La Jonquille se reproduit par des graines mais aussi par des petites bulbes qui se développent à côté des bulbes florifères. Ainsi, dans quelques dizaines d'années, peut-être même des centaines d'années, la colonie peut s'étendre sur une grande surface.

 


 

La Jonquille aime l'humus et les endroits avec un ombre légère et un peu d'humidité dans le sol. Ici il pousse en haut d'une pente raide, hors de portée pour la cueillette sauvage. En Dordogne, les Jonquilles sont assez rares et elles sont tellement jolies que des gens déterrent les bulbes pour décorer leur jardin, mais ici elles peuvent persister.

Ce groupe au bord de la pente risque de perdre l'équilibre et glisser vers le bas. En effet, en bas quelques plantes ont pris racine, même si elles ne fleurissent pas, peut-être le résultat de chutes antérieures.



La Jonquille est à l'origine de nombreuses cultivars, parfois après hybridation avec des autres Narcisses. Mais cette plante ici est vraiment sauvage. Elle est plus petite que les Narcisses du jardin, et bicolore au lieu de jaune.

 


 

Le microclimat fait une différence, dans cet endroit sur la hauteur il y a nettement plus de plantes encore en fleur. Plus de soleil, moins de vent, moins d'ombre des rochers?


8 mars 2023

Saule cendré

 

Ces branches sont un peu cannelées, quand on enlève l'écorce on voit que le bois est strié. C'est typique pour le Saule cendré (Salix atrocinerea). Il est parfois difficile de distinguer les différentes espèces de Saule qui, en plus, s'hybrident facilement. En Dordogne, le Saule cendré est l'espèce le plus commun.


 

Ce grand arbuste ou petit arbrisseau pousse presque partout ou il y a de l'humidité pendant une grande partie de l'année.

 

Ici, un vieil exemplaire au bord d'une mare. Il a terminé sa floraison avant que les feuilles commencent à se développer et les châtons mâles qui ont dispersé leur pollen sont tombés et flottent maintenant sur l'eau. Les Salicaceae (la famille des Saules et Peupliers) sont tous dioiques. Ils ont des fleurs unisexuées (avec des pistils ou des étamines, jamais les deux dans la même fleur) et sur chaque individu on trouve soit des fleurs pistillées soit des fleurs étaminées, jamais les deux sur la même plante.

 

 

Les châtons sont duveteux, c'est peut-être pour cette raison qu'on les appelle 'châtons', mais quand ils sont en pleine floraison on ne voit pas trop les poils duveteux, les longues étamines avec au bout le pollen jaune dépassent le duvet. Dans chaque châton on trouve des dizaines de fleurs, chacune avec deux étamines.



 

Les châtons femelles grandissent et changent de gris en vert, ils commencent à s'ouvrir. Comme chez les châtons mâles, il y a des dizaines de fleurs. Chaque fleur contient une capsule ovale, une petite structure verte avec une pointe jaune. La capsule (qui va contenir plus tard la graine) a à son sommet les pistils jaunes.

 


 

Quelques gouttes de la pluie longtemps attendue s'accrochent aux châtons. Une feuille de l'an dernier n'est pas tombée, elle est plutôt ovale que linéaire chez le Saule cendré. 



23 octobre 2022

Trépane en ombelle

 

On est fin octobre, mais en regardant ce champ, on peut penser qu'on est au mois de mai, il y a tellement de fleurs!

Ce sont pour la plupart des espèces qui fleurissent avant et après la sècheresse de l'été, et le peu de pluie qui est tombée a suffi pour démarrer la floraison. Les trèfles fourragères qui ont été semé ici sont carrément minoritaires.

 

 

 

Dans ce champ au sol sablonneux, à la limite d'une châtaigneraie, une petite fleur aux couleurs inhabituelles saute aux yeux.


 

 

La Trépane en ombelle (Tolpis umbellata) est une Asteracée. Dans ses capitules on voit des fleurs rayonnantes jaune pâle qui entourent celles du coeur qui sont rouge foncé.

 

 

Chaque fleur ligulée n'a qu'une pétale qui est frangée sur l'extrémité, la ligule. Les ligules extérieures sont beaucoup plus longues que les intérieures, jaune citron et rouge. Les stigmates sont à peine visibles sur la photo, ils sont cachés entre les ligules. On ne voit que quelques petites taches jaunes de pollen.


 

Les fleurs dans la capitule sont entourées par un involucre de bractées vertes qui ont tous la même longeur et qui sont couvertes d'un léger feutre grisâtre. Les bractées externes plus longues et irrégulières forment une sorte de couronne à la base de la capitule. On voit également, un peu plus bas sur la tige, quelques feuilles bractéales, des feuilles qui ressemblent à des bractées.

 


 

La Trépane en ombelle est une plante plutôt méditerranéenne et en Dordogne on ne la trouve pas souvent, elle est vraiment à la limite de son aire. On pourrait penser que avec le changement climatique elle va devenir plus commune ici. Mais cela n'est pas sûr du tout, pour s'épanouir elle a besoin des champs de culture sur sol sablonneux sans trop d'engrais et traitement chimique et ce type de champs est en train de disparaître rapidement.

 

 

19 septembre 2022

Ambroisie à feuilles d'armoise

 

C'est une belle plante, l'Ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia). Elle est originaire des Amériques et elle se sent bien à l'aise en France. Il y a quelques années on ne la voyait à peine, et maintenant on la trouve partout.


 

Elle est érigée comme un petit arbre de noel avec beaucoup de branches, et chaque branche porte des petites fleurs.

 

 

La couleur rouge des branches fait un joli contraste avec le vert tendre des feuilles finement découpées et les petites fleurs.



La plante est monoique, cela veut dire qu'elle a des fleurs mâles et femelles. Ci-dessus les fleurs mâles juste commencent à lâcher le pollen jaune. Quelques fleurs femelles, avec des longs pistils blancs, sont également visibles. Le pollen est dispersé avec le vent.




C'est une annuelle qui peut former des colonies importantes. La voilà dans un champ de blé après la récolte des céréales. Les graines ont germé au printemps et commencé à pousser un peu plus tard que le blé. Quand la moissonneuse passait, les plantules étaient encore trop petites pour être détruites par la machine. Après la moisson elles n'éprouvaient plus la compétition du blé et elles pouvaient pousser plus vite et plus grandes. 


 

En septembre le champ est devenu jaune, pas à cause de la sècheresse mais parce que l'agriculteur a fait un traitement herbicide pour se débarasser des mauvaises herbes. Il a bien réussie son affaire, il n'y a plus beaucoup de plantes vivantes. Avec une exception: l'Ambroisie à feuilles d'armoise est encore bien verte et elle est en train de produire beaucoup de graines.

Si au printemps prochain les circonstances seront bonnes, ces graines vont germer. Elles ont besoin d'une terre qui n'est pas couverte d'autre plantes et qui est bien travaillée. L'agriculteur va faire ce qu'il peut. Il a déjà tué les autres plantes, et avec son prochain passage avec le tracteur et la herse il meublira la terre. Ainsi, un bon lit de sémence sera préparé. En même temps il répandra les graines, pas seulement dans ce champ, aussi ailleurs, dans des autres champs. C'est efficace, parce que les tracteurs modernes font beaucoup plus de kilomètres dans une journée que celles de nos grands-parents. Une bonne récolte d'Ambroisie à feuilles d'armoise l'année prochaine est quasiment garantie.

Est-ce que les agriculteurs veulent vraiment cultiver l'Ambroisie à feuilles d'armoise? Décidément non, c'est une plante qui n'est pas utile pour eux et qui n'est pas comestible pour animaux ou humains. Le pollen est allergène et une seule plante produit beaucoup de pollen. l'Ambroisie peut couvrir en quelques années une grande surface et empêcher les cultures à pousser. Elle n'est sensible ni au gel ni à la sècheresse et elle sait survivre dans beaucoup de circonstances. En court, on peut la considérer comme nuisible. En plus, il y a une obligation légale de la détruire et de faire ce qu'on peut pour l'éradiquer.

Est-ce qu'il est possible de l'éradiquer? Peut-être, mais cela demande beaucoup de dévouement de la part des agriculteurs. La destruction chimique est difficile - la plante résiste à beaucoup de désherbants - et seulement utile quand c'est fait au bon moment, avant la montée en graines de la plante. Idem pour la destruction méchanique par fauchage ou broyage, qui doit être repetée souvent pour éviter les repousses. L'installation d'une culture pluriannuelle comme par exemple la lucerne qui couvre le sol et ainsi empêche les graines de germer peut aider, mais en ce cas, il n'y aura pas de céréales ou du mais.

Est-ce qu'il est désirable d'essayer de l'éradiquer? En tout cas il y aura beaucoup de dommages collatéraux. En détruisant les Ambroisies on détruit les autres espèces vivantes sur la parcelle, des plantes, dont les espèces patrimoniales qu'on préfèrerait à protéger, des insectes, des espèces vivantes dans le sol, et toute la vie qui dépend d'eux. Il y a une raison pourquoi le nombre d'hirondelles à baissé tant. Aussi il est très rare qu'on arrive à éradiquer une espèce invasive même si on fait vraiment un effort. Les lapins en Australie sont encore là, et les frelons asiatiques sont encore en expansion en France. Même chose pour la Rénouée du Japon ou la Jussie, pour mentionner quelques plantes. Aucune raison pourquoi cela serait différent pour l'Ambroisie à feuilles d'armoise.

 

Un vrai casse-tête.

Quoi faire (ou ne pas faire) avec l'Ambroisie et les autres plantes exotiques et envahissantes??? 

Bonne question...








18 août 2022

Stramoine

 

Dans ce champ de culture poussaient autour de 130 différentes espèces de plantes sauvages. Pour la plupart ces 'mauvaises herbes' étaient des messicoles, des plantes avec une cycle de vie adaptée à la culture des céréales. Elles étaient en général petites, parfois à peine visibles parmi les épis de triticale. 

Maintenant tout a changé. Il y a quelques années, le bail est repris par un nouveau agriculteur et il travaille différemment. Par conséquence, les 'mauvaises herbes' ont changé aussi. Toutes les messicoles sont disparues, et à leur place quelques nouvelles espèces sont apparues, des plantes grandes et vigoureuses qui prennent beaucoup de place. Maintenant on ne trouve ici que une trentaine d'espèces de plantes spontanées, et celles-ci sont présentes en grande quantité. Ce sont des plantes annuelles très compétitives, qui poussent vite quand il y a beaucoup d'azote dans le sol, et qui se multiplient rapidement. Elles profitent des circonstances créées pour le mais ou le tournesol ou toute autre culture sarclée où on met un grand apport d'engrais. Parce qu'elles sont moins que les autres plantes gênées par les herbicides ou fongicides elles peuvent survivre longtemps dans les cultures traitées.

 

  

Un beau pied de Stramoine (Datura stramonium) pousse ici. Il y avait des graines dans le sol, et une petite plantule, germé quand la triticale était encore en train de pousser, c'est développé en une grande plante dans moins de deux mois.

 

Ici une colonie dans un champ de mais.  La Stramoine fait partie de la famille des Solanacées, et comme beaucoup d'autres membres de cette famille elle est toxique et les agriculteurs n'aiment pas la trouver dans leurs cultures.


Les grandes fleurs ne s'ouvrent que la journée. Ce sont des trompettes avec des lobes pointues, bien décoratives.


Aussi les fruits épineux sont décoratifs. Ils contiennent des nombreuses graines noires qui se sèment facilement. Pas seulement dans les champs de culture mais aussi dans des lieux rudéralisés.


 

À la fin de la saison beaucoup de feuilles ont tombées et on voit surtout les branches squélettiques. C'est sûrement un tracteur qui a apporté les graines dans ce tas de terre et pierres, dans la benne ou avec la boue qui colle aux roues.